Quand la mort frappe

 

 

 

 

 

 

Nous étions une famille joyeuse. Les 23 frères et sœurs de ma mère étaient tous musiciens. Imaginez l’atmosphère de plaisir que revêtaient nos réunions quand la grande famille se rencontrait. On ne parlait pas de la mort, on la croyait bien loin. Au décès de nos grands-parents, on voyait la tristesse, mais pour nous les enfants, c’était une joie de se retrouver entre cousins et cousines.

 

Bien que travaillante  comme une abeille, maman était de santé fragile. Après plusieurs hospitalisations et 17 opérations, on ne savait jamais si elle passerait à travers. Le nuage de la mort flottait constamment au-dessus de la famille, sans toutefois se manifester. Dieu merci, maman s’en sortait toujours.

 

Un soir d’hiver de 1969, maman, ma tante Annette, qui vivait avec nous, et moi attendions papa pour le souper. En regardant par la fenêtre, nous avons vu deux ambulances près de chez nous. Je voulais descendre pour voir ce qui se passait, mais une petite voix intérieure m’a arrêtée. Quelques instants plus tard, un prêtre de la paroisse frappait à la porte pour nous annoncer que  papa avait été happé à mort par une voiture. Quel coup ce fut pour nous tous, en particulier pour maman qui se  retrouvait seule dans la vie. Pour une première fois dans la famille immédiate, la mort frappait de façon très brutale. Rien ne nous préparait à cela. C’était la consternation. Au salon funéraire, mon frère aîné et ma tante nous ont demandé de ne pas pleurer pour ne pas aggraver la douleur de notre mère. Ce fut très difficile.

 

 

Malheureusement, la mort était toujours à l’affût. Dans la semaine suivante, ma tante Annette   était hospitalisée d’urgence. Elle est décédée peu après. Une semaine jour pour jour après le décès de papa, on se retrouvait encore au même salon funéraire.

 

La vie a continué son chemin, laissant vivre ces deuils chacun à sa façon. Ma mère a «cassé maison» pour aller vivre chez ma sœur aînée Carmen. Quant à moi, débutant ma carrière d’enseignante, je suis partie en appartement. La tristesse refoulée et la solitude m’ont poussée à commencer un journal dans lequel j’écrivais à Jésus, mon grand ami. Je lui parlais de ma journée, de mes joies, de mes peines, de ma colère etc. Je terminais toujours en lui demandant de me guider. Ma relation avec mon Dieu et ma foi en Lui m’ont permis de ne pas sombrer dans la folie.

 

À l’été 1999, maman a de nouveau été opérée pour le cœur. Elle perdait ses forces de jour en jour. À la fête de l’Action de grâces, elle nous a confié à Marie, ma sœur et moi qu’elle ne verrait pas l’an 2000 et elle ajouta qu’elle nous aimait. Dans la même nuit, elle fut hospitalisée et décéda le lendemain matin. Notre frère, étant arrivé à temps à son chevet, nous a dit que maman était partie comme un petit oiseau qui s’envole vers le ciel. Elle était sereine. Quand la mort s’était présentée ce matin-là, elle l’avait accueillie, sachant où elle s’en allait. Nous avions tous de la peine bien sûr, mais en même temps, nous savions qu’elle ne souffrirait plus. «La mort des bien-aimés de l’Éternel est précieuse à ses yeux» (Ps. 116 : 15).

Aux funérailles, Marie a lu une lettre écrite par maman, dans laquelle elle parlait de Jésus, son Sauveur. Elle continuait en disant qu’elle priait pour que ses enfants et ses petits-enfants fassent la même expérience qu’elle avec Jésus. Elle terminait en disant qu’elle nous aimait. Nous étions tous très émus.

 

 

La mort n’épargne  personne ; ni les aînés, ni les jeunes. En 2006, elle a encore frappé violemment. Cette fois, c’était mon neveu David, âgé de 24 ans, dans un accident de motoneige. Ma sœur Rita et son mari  étaient foudroyés. Beaucoup de jeunes se sont présentés au salon funéraire. Ils étaient  silencieux, pensifs, respectueux. On ressentait la douleur profonde de la famille, on voyait le cœur déchirée d’une mère.

Quelques mois plus tard, la sœur de David  annonçait à sa mère qu’elle attendait un enfant. Cette nouvelle a redonné à Rita le goût à la vie. Elle était heureuse d’être de nouveau grand-mère.

 

À Pâques 2011, toute la famille célébrait dans la joie. Rita s’amusait avec ses petits-enfants, rien ne l’arrêtait. Au mois de mai, quelques jours après avoir fêté ses 65 ans, elle ne se sentait pas bien. Après consultation, on lui annonça qu’elle avait un cancer très rare et incurable, lui laissant tout au plus un an à vivre. Personne ne voulait le croire.  À peine trois semaines plus tard, je recevais un appel me demandant de me rendre d’urgence à St-Raymond pour voir ma sœur, à qui on ne donnait plus que 24 heures à vivre. Marie, qui avait passé l’après-midi à son chevet, la voyant en panique,  lui a parlé de l’amour de Dieu, de Jésus. Des larmes ont coulé sur ses joues et Rita est devenue plus calme. Ce n’est qu’après l’arrivée de sa fille qu’elle est partie tranquillement.

Nous étions très attristés par ce deuil qui touchait directement notre génération. Nous n’avions qu’à nous regarder pour nous comprendre.

Ce récit vous semble peut-être sombre, mais chaque famille sur cette terre vivra des deuils, c’est le cycle de la vie. La vie mène à la mort, la mort mène à la vie. Jésus a dit : «Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais»

(Jean 11 : 25, 26).

 

C’est pourquoi, étant enfant de Dieu, lorsque la mort frappera à ma porte, je lui ouvrirai et l’accueillerai. Car celle-ci me conduira vers mon Sauveur. Je pourrai le voir et l’adorer. Je serai en présence de Celui qui a entendu mes cris et compris mes larmes depuis ma tendre enfance. Je pourrai contempler en silence sa beauté. Revêtue d’une robe blanche, je danserai pour mon Bien-aimé.

 

Pendant que nous sommes sur cette terre, n’hésitons pas à dire aux membres de notre famille que nous les aimons. C’est Dieu qui nous a placés dans cette famille.

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